Puis soudain une violente éclaircie. Il fait étonnement doux et cela produit un drôle d’effet. Le corps, attentif, cherche quelques repères. Un chat rouquin à longs poils, fourrure d’hiver alors qu’il fait encore bon - celui-ci a tout compris à la tendance – apparaît dans le décor. La queue traîne sur
jeudi 8 octobre 2009
Faire corps
mardi 6 octobre 2009
A la recherche du pong
dimanche 4 octobre 2009
Bus 325 - 19h52
- Homme blanc. Odeur prononcée de vielle pizza usagée.
- Femme. Carré blond cendré. Petite taille. Trop chargée. Regard inquiet.
- Crâne à moitié dégarnie, de l’espère « rares mèches navigant sur la surface déserte à la poursuite des touffes latérales ». Petite valise commerciale. Air concentré. Lecture managériale, « Challenges » : justification de la décrépitude capillaire.
- Chimpanzé. Jets de grains de maïs dans la bouche et décortication de l’épi. Homme blanc. La pizza c’est du maïs grillé. Pas d’allure mais quelle veine (à penser avec l’accent québécois).
- Maigrichon. Calvitie naissante. Pourrait être le fils du premier pelé. Regard anxieux sur mon carnet : joue dans la catégorie de ceux qui n’obtempèrent jamais devant l'objectif du photographe.
- Regard italien. Dédaigneux. Plutôt beau garçon. Suffisamment maniéré pour être suspecté de travailler dans la mode, la musique, le cinéma et/ou d’être homosexuel. Cheville gauche sur genou droit. Expression nonchalante qui s’affiche sciemment artificielle : une version améliorée des Emmaüs XVIème – rois du contrôle falsifié, de la mèche sauvage étudiée à la laque, du jean hermès troué et de la petite veste faussement dénichée dans un grenier familial.
- Jeune brunette frangée. Trépigne d’impatience en frappant le sol avec ses talons. Excès de maquillage qui corrompt la mignonnerie. Se lève pour sortir et dévoile un cul affolement plat, simple prolongement du dos. Forcément décevant.
- Viel homme noir. Casquette sur le côté. Chemise à carreaux. Cravate tigrée. Grosse lunettes carrées. Veste noire recouverte d’une épaisse parka. Impossible d’épingler ce drôle de gaillard
- Jeune trentenaire. Regard crocodile. Tenue sobre et élégante. Livre entre les mains, carnet et Bic sur les genoux. N’a même pas pris le temps de s’offusquer de l’insistance de mon regard sur sa personne. Accaparé par les mots. Du genre à être du mien. Un peu plus et il apparaît être égoïste, capricieux, insaisissable et fuyant. Alors je m’amourache de l’étranger.
vendredi 25 septembre 2009
vendredi 4 septembre 2009
Vases communicants : Douces pentes de détresse, par Anthony Poiraudeau
Douces pentes de détresse,
par Anthony Poiraudeau
C'est un homme qui marche, qui se retourne souvent sur lui-même, pour scruter, revenir sur ses pas. Il s'assure qu'il n'y a rien, et voir qu'il n'y a rien lorsque l'on n'est pas sûr de correctement regarder n'est pas une mince affaire. Il parle seul et souvent délibère sur ses rêves fous, papillonne entre eux, il y croît parfois. Il essaie de marcher plus qu'il n'y parvient, il est plus longtemps immobile qu'en mouvement, à attendre il ne sait plus quoi, à avoir peur sans savoir de quoi, en croyant que rester là dispersera la peur. Mais il doit avancer, il ne va pas coucher là. Il est fait comme un rat - terrifié par ce qu'il pourrait faire, il préfèrerait ne pas, mais on ne peut pas rester planté là toute sa vie à attendre qu'il ne se passe rien.
Depuis l'enfance, il avait poursuivi l'érudition et la posture de l'intellectuel, pensant qu'elles le rendraient aimable, désirable. Il ne comprenait pas ce qu'étaient l'amour et le désir, les voulaient l'un et l'autre mais doutait de les rencontrer un jour. Il commença par une érudition d'enfant, les capitales de l'Europe, les pays d'Afrique, le nom des constellations, les dieux grecs et égyptiens. Il les aima tous, Reykjavik en Islande, le Burkina-Faso anciennement Haute-Volta, Osiris à tête de chacal, le Sagittaire près de la diagonale du Grand Carré de Pégase, Artémis chasseresse au croissant de Lune. Il aima les connaître et montrer qu'il les savait. Il n'était pas plus avancé, l'amour et le désir restèrent un malentendu.
Plus vieux mais jeune encore, éperdu d'amour et de désir toujours, il entra dans le déni et décida qu'il était des déserts que l'on pouvait traverser sans eau. Il crevait de soif. Il poursuivit son idolâtrie pour les bibelots de l'intellectualisme et de la culture encyclopédique, la somptueuse camelote lettrée, savante. Il sut tout, ou à peu près, du rôle que tint Lamarck dans l'étude des nuages, des controverses qui opposèrent Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire, il prit plaisir à ce qui n'intéressait personne ou à peu près, les ornements non figuratifs des sigillées étrusques, les théologiens jésuites du XVIIIe siècle hongrois. Bien qu'athée, il lut des saints, Augustin, Thérèse d'Avila, Jean de la Croix, Bernardin de Sienne, Bernard de Clairvaux. Il étudia la dialectique de Hegel, celle de Marx, leur préféra celle de Benjamin, il se crut phénoménologue, compara même les traducteurs de Husserl, et découvrit que le structuralisme dépassait les limites de la phénoménologie, que l'inverse était également vrai. Il aima passionnément les primitifs ferrarais, siennois et brugeois et connut bien l'héritage romantique nordique de la peinture abstraite triomphante. Il se construisit des pensées irrécupérables.
Il lisait tout ce qu'il pouvait, toutes les littératures. Il était mal compris mais qu'y comprendre ? - lui-même n'y entendait rien. Au bout du compte, il était béotien érudit, singe savant, paysan endimanché, et il était de plus en plus furieux, de plus en plus enfermé en lui-même. Sa mère lui disait que ses livres le rendaient fou. Elle se trompait, ce n'étaient pas les livres qui le rendaient fou : sa folie était de croire au salut qu'ils lui fourniraient, en lieu et place de l'amour, ou bien par l'amour grâce à eux comme tombé du ciel. Elle était de croire que, savoir, littérature, amour ou désir, un salut le dispenserait de devoir être capable de vivre.
Il commença à ne plus savoir distinguer la mémoire de l'imagination, à se voir commettre des crimes abominables, des tortures froides, des jaillissements de haine et des meurtres d'enfants. Il était terrorisé à l'idée de réellement commettre ces actes, ceux qui feraient effectivement de lui le monstre totalement indigne d'amour qu'il ne pouvait s'empêcher de se croire. Il ne se passait rien, il ne faisait plus rien, n'était plus capable de constater qu'il ne commettait pas les attentats horrifiques. Le réel n'avait plus guère de sens pour lui ; il était enfermé dans sa tête, et c'était comme être enfermé avec un fauve insatiable. Il rencontrait à nouveau la littérature, d'une façon bien effroyable, il était faulknérien, peut-être, mais pas comme prévu, kafkaïen, peut-être, mais pas comme il fallait, dostoïevskien sûrement mais pas comme il l'aurait voulu. Pas nietzschéen, pas dantesque alors qu'il aurait voulu l'être. Il marchait sur de douces pentes de détresse, avec vue imprenable sur le suicide.
© Texte - Anthony Poiraudeau - 2009
samedi 29 août 2009
Urbain, trop urbain

Alors que j'attends patiemment que le métro m'expédie à l'endroit où je récupérerai à la fin du mois quelques billets pour manger, m'habiller, voyager et surtout habiter, un moustique essoufflé qui semble venir de nulle part a choisi de finir sa vie entre les lignes de mon roman. Et c'est aux côtés des animaux de la forêt amazonienne - urubu real (roi des vautours), iguane, boa tamanoir, loup rouge, jaguar noir dévorant un jeune singe – qu'il s'aventure pour célébrer les derniers instants de son existence. Je m'amuse de ce hasard cocasse mais m'attriste immédiatement du destin de ce moustique asservi par l'absurdité d'une plate existence citadine. Jette un coup d'œil furtif au dessus de ma tête, inquiète à l'idée qu'une pluie de diptères s'abatte soudainement sur moi. Le néon - qu'il a dû assimilé plus ou moins sciemment, dans la détresse d'un être en mal d'exotisme, à un large soleil – crépite. Je secoue mon livre, partagée entre le dégoût et l'humilité et me recueille hâtivement avant de m'engouffrer dans le large couloir qui me conduit à la prochaine station.

